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Editorial

 

« Ô soldats de l’an deux !... »


« …Au levant, au couchant, partout, au sud, au pôle,
Avec de vieux fusils sonnant sur leur épaule,
Passant torrents et monts,
Sans repos, sans sommeil, coudes percés, sans vivres,
Ils allaient, fiers, joyeux, et soufflant dans des cuivres
Ainsi que des démons !... »

(Victor Hugo, Les châtiments)

Victor Hugo, quel génie visionnaire ! Né trente ans avant Jules Ferry connu pour ses hussards noirs de la République, Victor Hugo annonçait, lui, « les soldats de l’an deux » de la campagne de réforme du primaire qui nous concerne aujourd’hui !

Pas de doute, sous les vers romantiques et les envolées lyriques, se cache le portrait fidèle des enseignants du XXIe siècle. Ne fait-il pas le tableau de notre pauvre condition et de celle de nos adjoints ? En effet, « du soleil au couchant presque sans repos, sans sommeil… » le chef d’établissement essayant tant bien que mal de coordonner, animer, gérer, organiser soutien scolaire, évaluation de CE1 et de CM2, mise en place des PPS, PAI et autres PPRE, rencontres avec les parents, réunions de toutes sortes, tout ceci dans un temps de plus en plus court avec des exigences de plus en plus grandes.

Certes, il ne s’agit de pas tout remettre en cause, en particulier le consensus sur le soutien aux enfants en difficulté. Mais parfois, c’est vrai, on a envie de crier STOP ! Une pause, SVP ! On est bien loin des 24 heures devant élèves souhaitées et réclamées par le SPELC et par la majorité des enseignants à qui on avait promis qu’en devenant professeur des écoles ils seraient sur un plan d’égalité avec leurs collègues du secondaire. On nous aurait menti ? Concrètement, l’impression générale est surtout de devoir toujours travailler plus… mais la revalorisation ne suit pas !

Ne soyons pas surpris alors de voir le moral des troupes baisser, surtout quand on sait que les primes promises aux enseignants pour la mise en place des évaluations et leurs corrections n’ont pas toutes été versées 8 mois après ! Alors attention, danger ! Quand la solde ne suit pas et que le sac est de plus en plus lourd, la troupe se mutine et il est alors à craindre que les grognards se transforment rapidement en grognons et que « le souffle joyeux dans les cuivres » ne finisse rapidement en couacs dissonants du plus mauvais effet.

Bruno GRILLET
Responsable de la commission des chefs d'établissement du premier degré

 

 
 
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